Au dela de la technique ; conscience et renouveau...

Comme tout à chacun il nous arrive parfois de douter, de ne plus croire en ce que nous faisons, d’avoir le sentiment de ne plus évoluer, ou même encore de ne plus savoir quelle est notre place. (J’imagine certains d’entre vous acquiescer secrètement derrière leur écran !!)
Certains ont aussi déjà eut le sentiment en prenant la route d’un stage qu’ils n’allaient pas s’enrichir, qu’ils reproduiraient encore des techniques vues et connues depuis tant d’années, qu’ils verraient toujours les mêmes têtes (celles avec qui la connexion est immédiate et celles avec qui rien ne se passe), et finalement se demander pourquoi ils effectuent le déplacement.

Et bien après de nombreuses expériences de stage, je me rends compte que chacun d’eux sont profondément différents. Les moments partagés humainement ou techniquement sont toujours uniques, singuliers. Que l’on redécouvre perpétuellement les techniques et que la pratique de chacun est en constante évolution. Que les interactions entre les pratiquants ne sont pas immuables. Que celui avec qui le randori a toujours était raide et dénué de fluidité s’avère être à un instant en communion avec notre pratique ! (ah enfin j’ai aimé bosser avec lui !)

C’est une bien longue introduction pour dire que malgré les doutes que l’on peut avoir, nous nous enrichissons à chaque stage, et ce parfois même sans s’en rendre compte.

Voilà pourquoi j’écris ce témoignage, je vais tenter de relater la richesse de ce stage sur un plan qui ne se voudra pas que technique, et ce en commençant par la fin.

Tout d’abord une grande nouvelle, notre ami et frère d’arme Nicolas Rouseau s’est vu décerner le titre de Shihan, ce que nous retiendrons n’est pas la valeur numérique de cette nomination, mais la reconnaissance et confiance accordée par Doshu Soke pour ses vingt-deux années de pratiques passionnées et dévouées. Pour beaucoup il est un pratiquant discret mais il est ou a été, professeur, compétiteur, arbitre etc…  profondément investi depuis des années dans le bureau de l’AFDP, il est l’exemple d’un Nanbudoka dans son intégralité.
Enfin Nico est un « Shihan de Nanbudo, pas celui d’un club, ni d’un pays, mais un Shihan du Doshu » (cf Daï Shihan Stéphane Carel). Je ne saurai décrire avec les mots justes cet instant, mais je peux vous garantir la profonde émotion qui régnait et la joie que nous avons ressenti Edija, Fabienne, Gabriel et moi-même. (Nous t’attendions mon ami !).




Une autre nouvelle a été annoncée par Stéphane et Sonia ; ce stage serait probablement la dernière édition du stage de fin d’année à Paris. Certains ont peut-être été attristés car il était inscrit dans une tradition, mais ce que nous devons comprendre c’est que nous devons évoluer avec le Doshu car il nous a unis par une pratique et une histoire. Il ne s’agit en rien d’une fin mais d’une continuité, d’un renouveau, d’une évolution même, qui résulte de tant d’années de rencontres. Et nous nous rencontrerons encore, ailleurs, dans le Hombu Dojo aux côtés de Doshu Soke.



Et sur le tatami….

Je me dispenserai d’évoquer chaque Randori travaillé, l’important n’est pas là mais ce que nous devons garder à l’esprit sont les notions abordées.

Prenons le cas du Hikité, d’une façon très simplifiée on le définit comme l’action de tirer vers l’arrière : le bras en arrière, le poing sur la hanche etc…Mais une telle définition n’explique en rien l’utilité ou les utilités de ce fameux Hikité, au final à quoi sert-il ? Hikité meurt-il après l’action ? est-il seulement fait pour coordonner ou équilibrer l’action ? Ne se résume-t-il qu’à ce bras tirer vers arrière ?

Tant d’interrogations autour d’un seul mot, d’un geste que nous faisons depuis si longtemps sur un Nanbu Tsuki, mais également sur de nombreuses autres techniques sans le savoir.

En creusant un peu on se rend compte finalement que Hikité est partout au plexus, à la hanche, à l’épaule etc…il peut également amorcer la technique suivante : Seiryuto mais pourquoi pas Aïto, ou encore Taisho, il peut aussi devenir une saisie, il peut devenir lui-même atemi, ou même servir de contrôle. Il est action et réaction.  Et quand est –il pour les geri ?, avez-vous déjà pensé au Hikité sur mae geri, ou encore sur des doubles frappes comme Yama tsuki … ?

L’importance du travail des hanches :

Il arrive souvent que nous ne réussissions pas une technique ou seulement avec beaucoup de force, de nombreux facteurs rentrent en jeu la distance, le timing … souvent l’on se dit que c’est la faute du Tori qui n’est pas participatif, qu’il est trop raide, trop lourd et tant d’autres excuses encore. La mobilité des hanches est un élément clef dans la réussite d’un exercice. Il ne suffit pas simplement de les bouger. Elles s’inscrivent dans l’action complète du corps. Leur position est fondamentale pour toutes les techniques d’atemi, de déplacement, de projection …

« Mets plus de hanches »,  « tournes tes hanches » combien de fois avons-nous entendus ces mots, avant de les dire à notre tour.

Oui mais les tourner dans quelle direction ? On constate que leur action peut se faire sur plusieurs plans ; vertical, horizontal, mais aussi vers l’avant ou l’arrière (Sampo Dachi par ex). L’important est de prendre conscience de leur rôle. Elles sont le vecteur de l’énergie déployée lors d’une technique. Elles participent à la puissance et l’efficacité.

L’union du temps et de l’espace :


Le Maaï (distance) que l’on sanctionne régulièrement en compétition (uniquement pour Tori d’ailleurs !) est d’une grande importance dans la pratique du Nanbudo. Il n’est jamais prédéfini, il est sujet à modification permanente, selon les placements et déplacements d’Uke et de Tori. Selon la technique exécutée également (Maaï de Uke est plus court pour Irimi ou Sotaï que pour les Kaïten randori par exemple)

Il doit être réajusté dans le cadre de Niningake ou Sanningake : Uke veille à maintenir à distance les différents Tori. Quant aux Tori, ils doivent rester vigilants dans leur façon de se déplacer autour d’Uke. Il leur faut bien appréhender le Maaï pour surprendre Uke.  Maaï est par conséquent en étroite relation avec de nombreux autres concepts tels que Zanshin. De manière générale si le Maaï d’une action commune d’Uke et Tori n’est pas « bon » l’action ne sera pas réalisée de façon optimale.

Enfin Maaï introduit la notion de vitesse, il n’est aucunement nécessaire de travailler vite pour avoir le juste Maaï. La vitesse peut parfois desservir le Maaï.

Ce que nous devons comprendre est que la technique doit être exécutée à une vitesse plus ou moins constante mais surtout sans à-coups, cela permet de limiter la perception de l’action en cours par Tori. Cette vitesse est en harmonie avec celle de l’attaque, elle peut être lente ou rapide ou en accélération progressive notamment lors de l’exécution de techniques circulaires.

Evidemment d’un point de vue didactique la tendance est à la décomposition du mouvement. Se pose alors la question de comment enseigner le mouvement ? Dans sa globalité, de façon fluide et intuitive ? Ou par étapes progressives ?

Là encore il n’y a pas de réponse universelle, mais une multitude de possibilités découlant de chaque pratiquant, chaque enseignant, de la capacité de chacun à faire et à apprendre. S’il y avait un maître mot dans tout cela ce serait l’adaptation permanente.

Enfin et pour conclure, je vous assure que j’ai essayé de faire court ! (si si) l’adaptation ne doit en aucun cas transformer Le Nanbudo de Doshu Soke, nous nous adaptons à des situations, à des morphologies, nous pouvons, additionner des techniques faire des essais, c’est ce que nous faisons dans l’étude des Bunkai. Mais ce que Doshu a créé doit rester tel qu’il l’a fait, oui il y a parfois plusieurs possibilités, plusieurs versions du Doshu, c’est ce qui fait aussi la richesse de notre art et chacun se doit de protéger et respecter cela.

Ici s’achève mon témoignage que je ne saurai clore sans remercier Daï Shihan Stéphane Carel, qui par son enseignement m’a profondément inspiré dans cette rédaction me donnant l’envie de le partager avec chacun de vous.

Ossu.

Magali.C

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