Les petites pierres de Dai Shihan VII : Et la compétition alors ?

Compétition où non compétition ?

        Il y a ceux qui ne voient que par la compétition confondant quelques fois sports de combat et arts martiaux et ceux qui refusent toute compétition sportive, les arguments donnés de chaque côté sont intéressants.
Les critiques sont beaucoup portées :
     - sur la confusion qui peut exister entre le  combat de l’art martial et le combat en compétition,    
     - sur l’affadissement de l’art martial lorsque l’entrainement ne se focalise que sur la compétition,
     - sur la distance croissante entre le kumité sportif (où chaque combattant essaie de diminuer rapidement la distance afin de passer à l’offensive pour gagner des points) et le duel  martial.                                                  
    -La compétition de Kata basée sur le démonstratif et la performance physique modifie également la transmission martiale contenue dans les katas.

La compétition sportive est défendue comme :
    - une condition moderne (même si elle existe depuis la nuit des temps sous forme plus ou moins codifiée) du développement d’une discipline,
    - une ritualisation de l’affrontement avec des règles préférables à un affrontement réel.

 

        Le débat existe aussi, et encore plus dans une société du spectacle où tout se   marchandise, sur le contenu éducatif ou non de la compétition, pour le vainqueur et pour le vaincu, pour le professionnel « qui fait son métier » et pour l’amateur sans qu’il y ait de frontière étanche concernant le plaisir, l’épanouissement etc…

        Dans un monde où la compétition entre les individus est de plus en plus féroce et où l’entraide et le collectif sont mis à mal, faut-il rajouter encore de la compétition ? Ou la compétition permet-elle de se préparer à la compétition dans la société ? Mais alors avec quelles valeurs ?

        Il y en a des livres entiers sur le sujet et je n’aspire pas à en faire un résumé !

 

Nanbu Doshu Soke et la compétition.

        Mais plutôt que de prendre parti pour ou contre la compétition, ne faut-il pas se poser la question Yin Yang de l’équilibre possible entre l’Art martial et la compétition ?

        A mon avis, c’est comme cela que s’est posée la question dans le Nanbudo par son fondateur : Nanbu Doshu Soke.

        Pur produit de la compétition de Karaté s’il en est, Nanbu Doshu Soke est aussi porteur de toutes les traditions martiales de sa famille et de son pays.

        Dans son livre paru en 1991, « Nanbudo Art martial de l’an 2000», dans la page de présentation il écrit : NANBUDO Un Art de création d’énergie : UNE VOIE, UNSPORT, UN ART DE VIVRE, UNE METHODE D’AUTODEFENSE.

        Est-ce que tout n’est pas dit ?

        Dans sa préface il écrit : « Lorsque, dans un premier temps, j’ai développé le Nanbudo j’en avais exclu la compétition ; par la suite j’ai décidé de la réintégrer dans la pratique du Nanbudoka. Pour moi, l’intérêt de la compétition est qu’elle permet au pratiquant de s’acheminer sans crainte vers une forme de combat, à partir de ses acquis techniques de base. Le traditionnel et le ludique se côtoient, sans qu’un changement ait eu lieu entre l’apprentissage et l’expression finale dans la compétition »

        Dans son livre paru en 2016, « LES TECHNIQUES YIN DU NANBUDO, volume 1 » il écrit à nouveau sur le sujet :

« En Nanbudo, il y a le BUDO HO (combat), le KATSUKIDO HO (travail énergétique) et le NORYOKU KAIHATSU HO (réalisation de soi). Ces trois aspects sont indissociables dans toute la pratique. Il ne faut pas privilégier un aspect au détriment d’un autre, même et surtout pour ceux qui font de la compétition. J’ai moi-même pratiqué la compétition à haut niveau pendant de nombreuses années et je sais que la technique ne suffit pas, il faut aussi un mental fort. Le travail énergétique et les techniques de réalisation de soi sont indispensables pour forger le mental. La compétition en Nanbudo est conçue pour donner à chaque partenaire la possibilité d’exprimer au mieux ses capacités et éviter que ce soit l’attaque, le sens combatif qui priment. »

        Que l’on soit d’accord ou non, le fondateur de cet art est clair, le Nanbudo ne peut pas se diviser et il ne peut y avoir d’un côté le Nanbudo sportif et de l’autre côté un autre nanbudo.

        Toute volonté de séparer des parties du Nanbudo, toute volonté de séparer Budoho et Kidoho, toute volonté de séparer le Nanbudo sportif du Nanbudo Budo est trahir la recherche et la construction du Nanbudo voulu par son fondateur.

        De plus, il est constant sur ce sujet, il n’y a donc pas, pour cela comme pour le reste du nanbudo, différentes périodes. Son plan est quasi tracé dès le début, et ce n’est que par effet cumulatif et adaptation aux Nanbudokas afin que le Nanbudo soit une voie pour tous et non pas une voie d’élite que Nanbu Doshu Soké procédera. Tout au long de son enseignement, il transformera, il peaufinera, il rajoutera en cohérence avec le reste, au fur et à mesure que ses élèves seront murs pour recevoir cet enseignement, il ne retranchera quasiment rien.

        Ce n’est que l’Ego, le refus de se remettre en question, le refus de bouger donc de vivre qui amènent quelques anciens "Nanbudokas" à ne privilégier qu’un aspect du nanbudo, la partie où ils pensent exceller bien sûr !

La compétition Nanbudo et le Nanbudo

        Doshu Soke aura mis plusieurs années pour trouver une forme de compétition qui soit en lien avec d’une part la philosophie du Budo qui est de défendre et non pas d’attaquer (en cohérence avec la signification des katas) et d’autre part avec les techniques travaillées sur les tatamis.

        Cette forme de compétition, même si les règles d’arbitrage ont changé et peuvent changer est propre au Nanbudo. Après 32 ans d’existence, elle a fait la preuve que l’on pouvait avoir une forme de compétition en rapport avec tout Nanbudo et sans lui nuire ou le transformer.

        Du coup, oui, la compétition rassemble, permet aux enfants et aux jeunes de s’exprimer dans un affrontement règlementé. Elle ne rassemble pas que les compétiteurs mais également tous les organisateurs, les arbitres et le public notamment des parents.

        Si les éducateurs font leur boulot, si les entraineurs (on dit coach maintenant !) n’oublient pas qu’ils sont des éducateurs, les compétiteurs apprennent le respect de soi même, des autres, à gérer leur stress, à gérer les enjeux.

        Nulle confusion avec le budo, la compétition est un jeu, où l’on apprend souvent lorsque l’on perd, mais où il faut également apprendre lorsque l’on gagne !

        Et comme c’est un jeu, chacun décide d’y participer ou non sous la houlette du professeur qui n’obligera personne à faire de la compétition, mais qui donnera constamment cette possibilité et accompagnera ses élèves dans leurs diversités.

        Le paradoxe au Nanbudo, depuis bon nombres d’années, c’est que ce sont souvent quelques entraineurs, professeurs ou non, anciens compétiteurs ou non, (peut être oublient-ils qu’ils sont éducateurs ?), en position d’arbitre ou de coach qui ne savent pas gérer publiquement les enjeux financiers, de pouvoir et d’égo et deviennent agressifs ou aigris.

        Les compétiteurs dans leur ensemble, déçus ou contents, restent très   « amicaux » et gèrent au mieux leurs médailles ou leurs non médailles aidés par leur entourage.

        Ensuite que des compétiteurs aient envie d'autres styles de compétitions karaté, sports de combat pieds poings, ju jistu et ses nombreuses variantes, pourquoi pas ! Celà relève de leur choix : mais la compétition Nanbudo reste la compétition Nanbudo !

           Personne n'irait critiquer un footballeur qui irait faire du basket : mais les règles du football et du Basket Ball ne changeront pas pour   autant !

        Ceci dit, la difficulté existe pour les professeurs, pour les organisations nationales ou internationales de Nanbudo de trouver le juste équilibre du temps passé, de l'énergie dépensée, des moyens financiers mis en fonction pour les compétitions, les stages, le développement, ne pas oublier de s'adresser à toutes les   tranches d’Age, toutes les personnes dans leur singularité. 

        L’équilibre est toujours instable et discuté, sinon critiqué, sujet à débats passionnés.

        Tels le yin et le yang, la balance est toujours en mouvement et la situation n’est jamais satisfaisante et stable.

         Mais c'est la vie non ?

Carel Stéphane Daï Shihan

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