Les petites pierres de Daï Shihan XV : C’est quoi le Nanbudo, épisode 5 ?

C’est la rentrée, pour certaines et certains la reprise du kimono tout propre et pour d’autres non, retrouver les nanbudokas, on a tant de choses à se raconter !  Et puis l’accueil des nouveaux, oh qu’ils sont précieux ces nouveaux, comment leur faire une place qui soit naturelle et non pas leur imposer un parcours du combattant où ils l’impression de déranger.

Et alors le feuilleton continue : c’est quoi le Nanbudo ?
Il faut bien sûr relire les précédents épisodes et je continue.

Nous avons donc un Japonais, Yoshinao Nanbu Doshu Soke, issue d’une vieille famille de lignée japonaise qui a pratiqué bien des Budo, formé aux budo japonais, notamment le Judo, l’Aikido, le Kendo…

Il choisit lorsqu’il entre à l’université…le Karaté. Nous avons alors un Karaté profondément modifié par des Okinawaïens pour se faire accepter au Japon, encore plus profondément transformé par la compétition au Japon.

Et ce Japonais, que l’on pourrait croire pur produit de la compétition de Karaté tant il aura été connu pour cette très petite partie de sa vie et qui marque encore les esprits, transforme ce qu’il a appris et va chercher au plus profond de lui-même pour créer le Karaté Sankukai tremplin à sa création : le Nanbudo !!!

Dans ses explications concernant le Nanbudo, à partir de l’affirmation de la création d’un art martial de l’an 2000, il oscillera entre une rupture totale avec le karaté et le Karaté qui dépasse le Karaté, un Karaté du 21e siècle.

Jeune, j’adhérais à l’hypothèse de la rupture totale. Cela nous donnait une identité ! Avec l’âge, j’ai bien changé avec le regard d’autres : - Hiroo Mochizuki Sensei me disant en parlant de Doshu et du Nanbudo « ça c’est le vrai karaté », -les examinateurs aux passages de grades de la FFK comme des Shotokan nullement « perdus » et comprenant bien les différences « de style », -beaucoup de karatékas évoluant, ne disant plus comme avant « c’est de l’aïkido » ou c’est « du taichi » mais y voyant une autre forme de Karaté, ou une école Nanbudo sans la rattacher à un autre vocable.

Ironie de l’histoire, des Nanbudoka disaient souvent : « non ce n’est pas du karaté, ce n’est pas du judo, ce n’est pas de l’aïkido ».

Et à la question c’est quoi le Nanbudo beaucoup répondaient alors: « c’est heuhhh, un mélange de karaté, de judo, d’aïkido, de yoga et de Tai chi » !

Cela reprenait les stéréotypes du style : le karaté ce sont les coups de poings et de pied, le judo ce sont les projections et les chutes, le Taichi ce sont des mouvements lents etc…

Et puis il y avait quelques fois, sous-entendu, le Nanbudo c’est mieux parce que c’est tout cela à la fois !

Et non ! il n’y a pas d’arts martiaux mieux que les autres, plus efficace que les autres, mais celui que l’on choisit pour en changer, ou celui que l’on choisit pour la vie, que l’on ait eu un coup de foudre ou que l’on ait construit ce choix avec du temps. !

La Fédération Française de Karaté à permis de sortir des querelles de chapelle et de permettre à tous les styles ou disciplines de s’apprécier entre elles, ce qui n’était pas le cas il y a une quarantaine d’années..

Alors j’en reviendrai au premier épisode de cette série en disant que le Nanbudo est un Art à part entière, créé par Yoshinao Nanbu Doshu Soke, où l’on retrouve des techniques de combat (percussions, projections, étranglements, torsions d’articulation…), des techniques de santé (respiratoires, énergétiques, gymniques…) et des techniques de réalisation de soi (méditations, réflexions, symbolisation…) que l’on pratique seul ou à plusieurs.

        De plus, en Nanbudo, il y a une compétition qui d’une part ne le dénature pas et qui, d’autre part, peut permettre un travail sur soi, dès lors que l’on est entouré d’éducateurs (pas au sens diplômé mais au sens de ce terme).

Personnellement, je serai tenté de dire que le Nanbudo est un retour aux sources du Karaté d’avant la compétition, mais d’une part sans être la répétition de ce qui se faisait auparavant, et il y a encore une école Okinawaïenne très dynamique, et d’autre part, comment le dire ? avec toute l’influence du Budo japonais et des connaissances modernes.

Alors, que l’on dise que c’est du Karaté ou pas ne me dérange pas, je dis que c’est du Nanbudo.

Si pour la Fédération Française de Karaté c’est important de classer le Nanbudo dans le Karaté, d’une part du fait de l’histoire de Nanbu Doshu Soke en France, et d’autre part, peut être pour faire preuve de grande considération par rapport à nous, pourquoi pas ?

Est-ce si important de savoir où nous classer ou de ne pas nous classer ? Qu’est-ce que cela change ?

Vous comprenez bien, également, qu’il y a de grandes différences à expliquer, ou peut-être plutôt à faire entrevoir, ce qu’est le Nanbudo à des enfants, des parents, des débutants, à des confirmés ou à répondre à une question du type « pour vous, c’est quoi le Nanbudo ? »

Si sur ce sujet (ou d’autres) vous avez des retours à me faire, des questions, des critiques, des suggestions, n’hésitez pas à me les transmettre. N’oubliez pas de me dire si vous êtes d’accord pour que votre écrit paraisse dans un prochain blog avec mes réflexions, réponses, interrogations, pour donner des textes plus vivants, plus diversifiés, plus dynamique et construire des échanges, un enrichissement du fait de nos diversités.

Je terminerai par ce qu’écrit Nanbu Doshu Soke dans son dernier livre paru cet été Ki, le travail de l’énergie : « Il n’est pas nécessaire de tout comprendre. Il faut pratiquer, travailler, ressentir. On ne peut pas toujours tout expliquer. Ce n’est pas l’explication que va permettre de ressentir. C’est par la pratique que par hasard je vais ressentir à un moment. »

Alors à bientôt, car rien ne remplace la pratique !


Carel Stéphane Daï Shihan

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