Les petites pierres de Daï Shihan XX : Nanbudo Goshin Jitsu et Self-défense.

J’ai déjà abordé dans une ancienne chronique les notions de Jutsu et de Budo, tout en spécifiant bien que ce n’est pas en mettant Jutsu ou Do derrière ju, aiki, karaté etc. que tout est dit.

Pour schématiser, le Bu Jutsu comprend des techniques de combat et le Budo est la voie du combat, et même la voie du combat pour l’arrêt du combat, avec une forte éthique et une recherche de réalisation de soi.
Que ce soit pour le Bu Jutsu ou le Budo, les techniques sont tout aussi efficaces mais en Budo, on fera tout ce qui est possible pour ne pas les utiliser de manière ultime (mais encore faut-il en être capable !).

« Ne pas se battre. Ne pas subir »

comme le dit Roland Habersetzer Sensei.

Le Nanbudo comprend le Budo Ho (techniques de combat) et dans le Budo Ho, il y a le Goshin Jitsu : techniques pour se protéger soi-même. C’est pour moi une autre appellation du Bu Jutsu qui était très employé dans les vieilles écoles de Ju Jitsu, Aiki Jutsu et autres.

Mais Goshin Jitsu est souvent traduit par Self défense, Défense personnelle, Auto-défense.
Pour ma part, et cela peut faire débat, je fais une légère différence.
Le Goshin Jitsu est un combat à mort où tout est permis, où il n’y a pas de règles, qui vient des terrains de guerre.

Pour moi, la Self-défense est liée avec le cadre juridique (certainement différent selon les pays) de son exercice : se défendre soi et aussi défendre les autres. Notons que l’assistance à personne en danger est tout aussi règlementée !

Et de ce fait, la self défense ne veut pas dire la même chose pour les catégories de policiers, gendarmes, militaires, personnel de sécurité, ou pour le simple citoyen, selon les situations auxquelles ils sont confrontés.

Pour le citoyen, cela concerne bien au plus haut point les pratiquants des Arts Martiaux, car leur niveau de pratique sera retenu tant au niveau d’une utilisation abusive de la violence pour se défendre que d’un refus de défendre autrui.

Je ne vais pas énoncer ici les règles juridiques françaises avec les nombreuses jurisprudences existantes, il y a suffisamment de littérature sur ce sujet : nécessité, simultanéité par rapport à l’agression, proportionnalité de la réponse à l’agression.

En fait, pour faire simple, lorsque l’on n’a pas le choix, lorsque la négociation n’est plus possible : mettre fin à une confrontation en occasionnant le moins de dégâts possibles.

Il nous est souvent posé la question de savoir quel est l’art martial ou le sport de combat le plus efficace : ce n’est pas l’école, le style qui est efficace, c’est la femme et l’homme dans la confrontation, et même sans jamais avoir pratiqué un art martial quel qu’il soit !

Donc chacune et chacun, à partir de son sport, art martial, profession (utilisation efficace des outils professionnels) pourra construire « sa self défense ».

Il faudra également tenir compte de sa taille, poids, forme physique, souplesse etc…Mais il faudra tenir compte également de la taille et du poids de l’adversaire en faisant attention à ne pas le sous-estimer, quel que soit son apparence extérieure et son comportement visible.

Bien sûr, il faut également bien adapter à l’époque actuelle et ne pas penser être attaqué avec un tanto comme au 18e siècle mais bien par un couteau d’aujourd’hui !!! Conserver le patrimoine historique c’est bien, mais vivre dans son époque est salutaire dans ce domaine !

La self défense comme le Goshin jitsu n’ont rien à voir avec la compétition ! la compétition suppose des règles à respecter, plus ou moins importantes, des codes communs.

Ce n’est pas le cas de la lutte pour sa survie ou la survie des autres.

Sur le terrain guerrier, la perte d’un membre ne clos pas le sujet, la défense de la vie est au-dessus.

Dans le combat de rue, même s’il est souvent implicitement rituel, mais pas toujours, l’habitude de la douleur repousse les possibilités de rebondir même après une « défaite » toute ponctuelle.

Un nez cassé, une arcade sourcilière éclatée, un doigt cassé, une queue de billard cassé sur la tête peut, pour un bagarreur habitué, ne pas clore le débat. Le Zanchin où l’on compte jusqu’à trois à la fin d’un kata prend ici toute sa signification !

Confondre le sport, l’entrainement ludique dans un univers constant et repéré, et le combat réel risque d’être l’occasion de cruelles désillusions !

Le nombre de facteurs à prendre en compte est énorme :
  • -lieu connu où l’on sait où fuir, se réfugier, demander de l’aide et le lieu parfaitement inconnu.
  • -du lieu très fréquenté au lieu désertique
  • -de l’espace réduit (ascenseur) à l’espace important.
  • -agression prévue ou agression soudaine.
  • -agression d’une ou plusieurs personnes.
  • -agression à main nue, armée visible, armée cachée.
  • -agression personnelle, agression contre autrui dont on est témoin, agression lorsque l’on se trouve avec un ou des proches.
  • -un moment où l’on se sent en forme ou un moment où l’on est diminué, maladie ou traumatisme.
  • -en fonction des vêtements que l’on porte, amples ou serrés, des bagages que l’on porte….
Et il y en a bien d’autres tant cela se passe pour la plupart du temps sans que nous y soyons préparé.

Et puis ce n’est pas parce que l’on est champion, haut gradé, que l’on est invulnérable et là encore, attention aux désillusions ! Et je ne peux pas m’empêcher d’entendre Léo Ferré chanter « Qu'alliez-vous faire dans la treizième avenue…Monsieur William vous manquez de tenue ! Vous êtes mort dans la treizième avenue. »

Le Nanbudo, avec ses Randori, ses Bunkai, nous donne une large palette de possibilités que l’on peut adapter tant au Goshin Jitsu qu’en Self défense. Mais il faut adapter, l’attaque n’est pas prévisible, les distances ne sont pas les mêmes, la « psychologie » n’est pas la même.

La capacité à s’adapter que nous avons appris avec Nanbu Doshu Soke est un plus pour modifier les techniques en fonction de ce l’on veut faire.

On peut éventuellement aller voir ce qui se fait ailleurs pour se rassurer, en faisant attention aux « arnaques » du style « technique miraculeuse pour se sortir de toutes les situations », mais, s’il y a des possibilités de grandes proximités entre écoles pour la self défense, il y aura de grosses différences en Goshin jitsu entre les écoles de ju jitsu, Aiki Jutsu et Nanbudo.

Rappelons-nous qu’en ju jitsu et aiki jutsu les samourai en venaient au combat aux poings et pieds que lorsqu’ils avaient épuisé les solutions, sabre long, sabre court et Tanto, en désespoir de cause.

En karaté dont est issu le Nanbudo, au contraire, il s’agissait de combattre sans armes, ce qui a considérément fait travailler une diversité des possibilités d’utilisation des membres supérieurs et inférieurs avec l’intention « de tuer en un seul coup ».

Il s’agit également dans les deux cas de bien revoir les techniques utilisées et à quelle distance.

Enfin, il est souvent dit qu’en self défense il faut prendre ce qu’il y a de meilleur dans chaque art martial ou sports de combat. Une des conditions pour que cela soit vrai est d’être un pratiquant confirmé dans chacun de ces arts martiaux ou sport de combat ! En effet, chaqu’une de ces disciplines possède une logique interne ! On ne s’improvise pas un peu judoka, un peu karateka, un peu boxeur etc…

Serge Salvai Dai Shihan travaille beaucoup ces champs de recherche tout en restant complètement dans le Nanbudo.

Il y a tellement à dire ! Mais déjà ces quelques réflexions qui ne sont pas des vérités.

Et puis lorsque l’on a le choix, le mieux est de ne pas se retrouver volontairement sur un lieu d’affrontement potentiel.

Que cela ne nous empêche pas de pratiquer dans la bonne humeur, de continuer à partager, de faire attention à sa santé, et de se faire plaisir !

 

Carel Stéphane Daï Shihan

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