UN BAOBAB S’EST COUCHE : Hommage à Yoshinao NANBU Doshu Soke

Un proverbe de chez nous dit « quand une personne âgée meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Nous venons de perdre une immense bibliothèque.

Quand je pense à Maître NANBU, me revient à l’esprit mon premier stage à Luminy, avec Charles, Michelle, Ulysse, Ngabou… la fierté de porter ma ceinture blanche car, comme il me l’avait dit, la ceinture blanche était très importante parce qu’elle marque notre décision de commencer. De ce jour, malgré les distances, les vicissitudes de nos temps incertains, nos esprits sont toujours restés ensemble.
Yoshinao NANBU n’était pas un Maître désincarné, inaccessible à ses élèves. Il avait la sollicitude d’un tonton compréhensif qui passait à ses neveux, leur curiosité jamais satisfaite et qui acceptait toutes les discussions. Il acceptait de répondre à toutes les questions de novice que je soulevais, avec un petit sourire et un grand « Quel bonheur ».

Quel bonheur… quel bonheur d’avoir pu le rencontrer, discuter avec lui, partager des moments de réflexion. Jusqu’à ce jour mémorable où il a débarqué à Dakar avec une barbe et un immense sourire. Cela faisait au moins 20 ans que je ne l’avais pas vu et quand je l’avais appelé pour lui dire que nous avions un embryon de section de Nanbudo à Dakar, il avait simplement dit : « on fait le stage quand ? » Les élèves qui m’avaient accompagné pour l’accueillir à l’aéroport de Dakar étaient abasourdis. Ils s’attendaient certainement à rencontrer un monsieur austère et la conversation nous entraînait dans des éclats de rire absolument fous.

Nous nous souviendrons tous de la présentation de Ki Nagare et de la concrétisation devant nos yeux de ce que pouvait être la puissance du Ki.

A un autre stage, il nous dit qu’il voulait améliorer l’arbitrage de la compétition et nous proposa de réfléchir sur les techniques d’arbitrage. Je me souviendrai toujours de l’étonnement d’un des élèves qui n’en revenait pas : « mais il est trop simple ».

Doshu, pour moi, était la joie de vivre, la joie d’offrir, la joie de partager. Nous l’avions initié à la dégustation du « Coof »,  (lire TCHOF) le poisson national du Sénégal et tous ses séjours au Sénégal étaient devenus des occasions de manger du Coof. Et la dernière fois que je suis passé à Paris, il m’avait invité chez lui et avait fait lui-même la cuisine, « sans  huile », pour son élève que je suis. J’avais lu également la fierté dans son regard quand Yume, toute petite fille à l’époque, avait joué une petite pièce au piano.

Cette fierté contenue, il l’avait à l’endroit de ses élèves quand ils réussissaient un exercice difficile, quand il avait le sentiment qu’ils avaient compris une explication. C’est cette générosité qui l’a caractérisé toute sa vie et qui est l’un des enseignements fondamentaux pour ses élèves. Apprenez et dès que la leçon est sue, partagez-la.

Un baobab s’est couché et on ne pleure pas un baobab. On s’assure que les graines qu’il a semées pousseront, fortes et denses. C’est comme un devoir, un ultime hommage que nous devons lui rendre. Et dans notre tristesse, nous l’entendrons répéter « Quel bonheur » !!!


Merci Maître !!!!!! Jerëjëf !!!! I ni bara !!!

 
Mamadou Jean-Charles TALL
Renshi Shihan

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