Les petites pierres de Daï Shihan XXXIV Kamae-Te : en garde !

Publié le 04/04/21
AFDP Nanbudo
Les petites pierres de Daï Shihan XXXIV Kamae-Te : en garde !

Les clubs de Bagneux et Paris m'ont fait le plaisir de me demander d'animer un cours en visio. Cet article pour le blog AFDP reprend l'essentiel d'une partie de ce cours.

Kamae 構え prendre une position, une attitude, c'est une garde de combat.

Kamae est plus qu'une attitude corporelle, plus qu'un placement des mains, plus qu'une position des pieds, c'est une posture mentale, prête au danger imminent, de contrôle de ses émotions, de son stress, de sa respiration, de vision périphérique. D'une position en apparence immobile où s'unifie corps et esprit, en Zanchin (vigilance totale), la préparation à une intervention soudaine, violente, non prévisible est en action.

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La position extérieurement semble passive mais en fait elle est dynamique.

Il en sera de même pour toutes les gardes que je vais aborder.

Vous avez certainement identifié quelques gardes qui reviennent souvent.

Kamae-Te raisonne bien dans la tête du Nanbudoka, avant un Kihon, avant un Randori.

Te, c'est la main, une position des mains particulière dans le Nanbu Kamae-Te, mains ouvertes, sur un axe de Katana, mains et bras protégeant toute la partie Yin du haut du corps. Mais cela peut être une défense Shuto Uke, ou une attaque en Shuto Uchi ou Seiryuto Uchi.


Elle peut être en Zenkutsu Dachi, en Neko Ashi Dachi et bien d'autres positions.

On pourrait bien la traduire par « En garde ! »

Elle est souvent précédée par Yoi, que l'on pourrait traduire par : préparez-vous ! en position !

En Nanbudo, Yoi Dashi s'effectue pieds parallèles largeur des hanches, dans une position appelée Shizen Heiko Dashi (position naturelle pieds parallèles). Dans d'autres écoles la position est Shizen Dashi, orteils écartés.

Mais c'est une garde avec les mêmes prédispositions que celles décrites dans le Kamae, d'une position où rien ne transparait, où aucune information n'est donnée à l'adversaire.

Celle-ci est moins agressive que Kamae-te, elle peut paraitre, de l'extérieur, plus décontractée, mais il n'en n'est rien ! C'est plus une garde d'attente, mais encore une fois, cela n'en reste pas moins une garde de combat.


En début de beaucoup de nos Kata, elle s'effectue également en Musubi Dashi, talon joint et orteils écartés.
En fin de Kata, nous trouvons souvent Juji no Kamae, mains ouvertes (cette garde existe aussi poings fermés. Protégé après une action offensive, on n'est prêt, Zanchin, à redémarrer à tout moment, dans le même état d'esprit que lorsque l'on est en Yoi.
Pour en terminer avec les débuts et fin de Kata, nous avons aussi Jiai no Kamae, que nous retrouvons dans Ikkyoku en Nanbudo, dans Jiin et d'autres Kata dans les autres écoles de Karaté.


Rencontre du soleil avec la lune, union du Yin et du Yang, cette position est aussi un salut marquant clairement les origines chinoises du Karaté.

Comme Yoi, c'est plutôt une garde d'attente, mais, comme toujours, une action défensive et une action offensive y sont cachées.
Que l'on ne s'y trompe pas, toutes ces gardes peuvent être des techniques d'attaques ou des techniques de défense ! En fait, à partir d'une photo, on ne peut pas en déduire si c'est une garde, une attaque ou une défense ! C'est l'intention, la situation qui font la différence, et encore ! En Kamae le combat a commencé, pour l'éviter où le mener au bout.

Pour bien faire la différence entre la gestuelle associée à la garde, et la garde combative réelle, on parle de Kokoro no Kamae !

Ces gardes sont aussi très importantes pour la compétition Nanbudo. Le début du Ju Randori ou le début du Kata est dans une garde avec des dispositions d'esprit, d'énergie, physique, comme celles évoquées plus haut, sinon, on n'est pas au mieux pour le premier affrontement du Ju Randori, on rate son début de Kata.

Après avoir vu quelques gardes que l'on ne soupçonnerait pas pouvoir être des attaques ou des défenses, nous allons voir l'inverse, des techniques que nous pensons être des défenses ou des attaques mais qui peuvent être aussi des gardes.

En voici quelques-unes :

Koshi no Kamae, mains ouvertes ou poings fermés, on la trouve, par exemple, dans Nanbu Sandan mains ouvertes et Nanbu Yondan poings fermés.

Manji no Kamae, on la trouve dans beaucoup de kata, et, par exemple, dans le début de Ikkyoku.
Kosa no Kamae, que l'on trouve, par exemple, dans Ikkyoku



Yama no Kamae, la posture de la montagne, que l'on trouve dans Nanbu Sandan



Gankaku no Kamae, la posture de la grue que l'on trouve dans Nanbu Godan, et, je n'ai pas résisté, sur la première page du livre que Nanbu Doshu Soke a fait sur le Nunchaku en 1971 (même s'il n'aimait pas beaucoup ça !)

Je ne vous en ai cité quelques-unes, il y en a bien d'autres, tant il est question d'attitude, d'intention. Pensez-y pour vos Kata, afin de leur donner du rythme en lien avec le Bunkai que vous pouvez imaginer : vous pouvez y glisser des gardes afin de pouvoir exploser ensuite.

Bien sûr, nous connaissons ces techniques dans nos Kata mais quand Doshu pose sur une photo, que démontre-t-il ?  Est-on sûr que ce n'est pas une garde ? Une garde sans garde ?

Miyamoto Musashi, dont je vous parle souvent, dans le rouleau de l'eau de son Gorin no Sho écrit un paragraphe intitulé « L'enseignement de la garde sans garde »

Bien sûr, c'est basé sur le sabre, stratégie individuelle et de groupe, mais cela concerne tous les arts martiaux, et même au-delà. D'ailleurs le Karaté a été également présenté comme une école de sabre à mains nues !

En reprenant la traduction de Kenji Tokitsu dans son livre titré Miyamoto Musashi, maitre de sabre japonais du XVII siècle, L'homme et l'oeuvre, mythe et réalité, Il débute son paragraphe en écrivant :

« Voici ce que j'appelle la garde sans garde, c'est de ne pas avoir en tête de prendre une garde. Toutefois, les cinq positions que j'ai mentionnées peuvent devenir des gardes. Il vous arrivera de placer le sabre dans des positions variées en relation avec les occasions fournies par l'adversaire, avec le lieu et la situation du combat, mais, en toute occasion, il faut tenir le sabre de façon à bien pourfendre l'adversaire »

Après quelques explications ne concernant que le sabre, il termine par : « Pour la stratégie de groupe, l'emplacement des soldats correspond à la garde et il faut viser à créer l'occasion de vaincre. Laisser se figer une situation est mauvais. Il faut bien élaborer cela »

C'est le Do, c'est la voie, dans chacune de ses composantes on apprend la technique pour la dépasser, on passe de la technique à l'art.

Mais il ne faut pas bruler les étapes : bien apprendre les différentes gardes, bien les intégrer, d'un premier apprentissage de la gestuelle passer à l'attitude sans jamais rentrer dans la routine : quand l'esprit est juste, le corps est juste.

Dans la garde, on perçoit tout ce qui se passe autour sans se faire détourner de l'action juste qu'il va falloir effectuer.

Chaque détail du Nanbudo se relie au tout, Budo Ho, Kido Ho et Noryoku Kaihatsu Ho !

Ah, juste encore une chose : il n'est pas utile d'apprendre le nom en japonais de toutes les gardes !

A bientôt, Je vous embrasse.

Carel Stéphane Daï Shihan

AFDP Nanbudo
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