Les petites pierres de Daï Shihan XXIX : les Kyu

Publié le 03/11/20
AFDP Nanbudo
Les petites pierres de Daï Shihan XXIX : les Kyu

Après les couvre feux, le confinement ! Je ne reviens pas sur les difficultés auxquelles est confronté le sport amateur, activité considérée non essentielle (qui peut dire ce qui est essentielle ou non pour la diversité des personnes humaines ?). Je reprends mes chroniques, pas comme si de rien n’était, mais parce qu’il faut trouver les ressorts de la motivation personnelle et collective, parce qu’il y a de part le monde bien d’autres situations bien plus dramatiques, parce que les Budo Japonais (pour ne parler que d’eux) se sont confrontés à bien d’autres épreuves, changement d’ère, tremblements de terre, guerre mondiale, bombes atomiques, où il a fallu redémarrer souvent à zéro.

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Nanbudo France

Après l’annulation du stage régional d’Ile de France, Gabriel nous a organisé une Visio conférence à tous les professeurs d’Ile de France élargie à tous les professeurs de France.

Le sujet était le nouveau programme des Kyu de la WNF.

Quel plaisir cela a été pour moi de les voir toutes et tous, investis dans ces conditions difficiles, et par-dessus tout, dans cet état d’esprit d’humilité, d’engagement dans la difficulté de donner un grade avec tous ses aspects pédagogiques, techniques, émotionnels avec une recherche liée à un grand respect des élèves.

Je reprends ci-dessous une grande partie de ce que j’ai exposé.

Court historique

A l’origine le système Kyu-Dan n’étaient pas utilisés dans les arts martiaux.

Il y avait le système Menkyo, un système de certification donné par le Maitre à son disciple à 3 ou 5 niveaux, selon les écoles, qui allait de la transmission initiale jusqu’à la transmission profonde.  Il y était rattaché l’autorisation d’enseigner.

Jigoro Kano Sensei, le fondateur du Judo, va utiliser un autre système de classification qui existait depuis longtemps au japon, notamment dans le jeu de Go.

Afin de se démarquer des autres écoles de Ju-Jitsu, pour introduire une rupture avec la période médiévale japonaise terminée en 1868, il va l’adopter en Judo.

On trouvera ce système dans les autres domaines de la culture japonaise : Chado (cérémonie du thé), Ikebana (arrangements floraux), Shogi (Echecs japonais), Renju (Jeu de Go), la Calligraphie, la cuisine etc, etc.

Petit à petit tous les arts martiaux japonais et bien au-delà vont appliquer ce système, qui va évoluer dans le temps.

Le Kyu 級

Une première différenciation est celle entre les Mudansha, ceux qui n’ont pas de Dan et les Yudansha, ceux qui ont un Dan.

Au Nanbudo, le Mudansha démarre 9e Kyu, et sera nommé de 8e Kyu à 1er Kyu avant de pouvoir se présenter au 1er Dan.

Des couleurs de ceintures sont associées aux Kyu, de la ceinture blanche pour les 9e, 8e et 7e Kyu, suivront du 5e Kyu au 1er Kyu : jaune, orange, vert, bleu, marron. Les couleurs sont de plus en plus foncées jusqu’à la ceinture noire qui pourra redevenir blanche au 10e dan par exemple pour recommencer un cycle tel le Yin/Yang. Au Nanbudo, Nanbu Doshu portait la ceinture rouge du fondateur, du Soke.

Le programme WNF de Kyu

Tous les clubs de la Fédération Mondiale de Nanbudo (WNF) ont dû recevoir le Livret de progression et programme d’examen 8ème-1er KYU.

C’est un travail de la Direction technique International, supervisé et approuvé par Nanbu Doshu Soke, avec un effort de présentation de la part de Jean Jacques Jobin Renshi Shihan de la Commission exécutive de la WNF.

Après beaucoup d’années d’évolution du Nanbudo, il y avait une volonté de réactualiser le dernier programme de ce type qui remonte à …1991 !

Pour une école s’étant développée dans beaucoup de pays, à des vitesses différentes au gré des stages dirigés par Nanbu Doshu Soke, toujours sur des recherches et un enrichissement constant du Nanbudo, ce livret est apparu comme nécessaire, un peu comme la volonté de se poser, d’aider les élèves et les instructeurs de club, tant le programme du Nanbudo est énorme !

Rien à voir pour ceux qui ont passé leur 1er Dan de Nanbudo il y a 40 ans et aujourd’hui ! Le niveau de connaissance est incomparablement plus important aujourd’hui, reste à assurer des bases fortes sur lesquelles construire.

 

L’état d’esprit du grade

S’il y a une demande d’homogénéité, de comparabilité d’un club à un autre, d’un pays à un autre, il ne s’agit pas d’un programme scolaire.

Il va falloir expliquer, réexpliquer, que le grade est personnel, qu’un grade est Shin/Gi/Tai (esprit/technique/corps) permettant de réaliser sa progression dans un lien avec son professeur.

L’une des difficultés, tant pour le professeur que pour l’élève postulant est de s’extraire d’une conception scolaire de note avec la récompense du diplôme ou du passage dans la classe supérieure, et du milieu professionnel où les évaluations, qui souvent n’en sont pas, permettent de classifier les meilleurs et les moins bons avec des primes comme récompenses.

Surtout pour les enfants, il ne s’agit pas de déconsidérer l’école ! Oui à l’école il faut travailler pour pouvoir passer dans la classe supérieure, mais au Nanbudo c’est autre chose.

C’est pour cela qu’il ne faudra jamais penser ce sujet acquis, et qu’à tout passage de grade réapparaitront les frustrations et les incompréhensions.

Apparaitront inévitablement le « je ne comprends pas pourquoi il a eu un grade plus élevé que le mien alors qu’il ne connait même pas truc waza et machin no kata que moi je connais »

Shin (esprit, cœur, mental, comportement…), Gi (technique, habileté, coordination), Tai (physique, qualités corporelles) ne peuvent se comparer :

- Shin n’est pas le même pour un enfant, un jeune adulte, une personne plus âgée… même s’ils ont tous la même couleur de ceinture !

-Gi n’est pas la même selon que l’on soit très souple ou non, selon que l’on pèse 30Kg, 60Kg, 100Kg, selon que l’on mesure 1m20, 1m60 ou 2m …même si l’on a la même couleur de ceinture !

-Tai n’est pas le même selon la morphologie, les handicaps quel qu’ils soient, l’âge, la surcharge de la vie…même si l’on a la même couleur de ceinture !

Et Shin, Gi, Tai s’entremêlent, se complètent, se compensent, et ne peuvent être séparés car faisant partie de la personne humaine, unique.

Le Nanbudo étant un art de vie, participant à sa construction et à sa réalisation en tant que personne, un chemin vers l’unité du corps et de l’esprit, deux personnes ne peuvent pas être comparées.

Il ne peut donc pas y avoir de jugements sur les personnes !

Mais les professeurs, les Maitres, encouragent leurs élèves, les motivent, reconnaissent leur progression.

L’Ego est flatté par le grade, mais le grade doit ensuite se porter avec la responsabilité qui y est associée. Le pari est comme le yin et le yang qu’il faut aller au maximum de l’égo, pour qu’il puisse ensuite diminuer.

Je vois les ricanements !!!Oui, on n’y réussi pas toujours !

Le grade est donc une « alchimie » entre l’élève qui y a beaucoup travaillé et le professeur qui y a beaucoup travaillé. C’est stressant pour le postulant et non moins stressant pour le professeur.

Ce rapport n’est jamais acquis tant l’élève évolue, le professeur évolue, les rapports entre l’élève et le professeur évoluent.

Disons-nous bien une chose : considérant avec respect chacune et chacun de nos élèves, rejetant tout favoritisme, jugement sur les personnes, conscients de nos limites, de nos erreurs passées, de nos émotions, nous ne seront jamais sereins mais nous feront toujours au mieux.

Utilisation du programme kyu

Ce livret n’est qu’indicatif, repères communs à toutes et tous, aide, base de travail pour arriver au 1er Dan.

C’est cette visée du premier Dan qui doit nous guider dans la progression des Kyu, d’une part en ne sur évaluant pas le 1er Dan mais d’autre part en lui accordant toute son importance, toute sa charge symbolique et émotionnelle.

Je pense que tout le monde se rappelle de l’obtention de son 1er Dan non ?

Il ne s’agit pas d’apprendre toute la terminologie japonaise mais de trouver un juste équilibre avec ce qu’il faut savoir absolument. Le programme peut donner l’impression qu’il y a beaucoup de techniques, mais en fait on n’en connait plein sans connaitre leur nom, notamment celles qui sont utilisées dans Ki Nanbu Taiso et les Kata.

Nanbu Doshu utilisait le minimum : il disait par exemple : Tenshin Jodan Uke et contre-attaque, ou Tenshin Jodan Uke, Tsuki, contrôle ! Il ne donnait pas de nom à chaque technique des randori ou kata mais seulement les noms repères pour la compréhension de l’essentiel.

Le professeur peut modifier la chronologie parce qu’il se sent plus à l’aise pédagogiquement, l’élève le sentira et apprendra mieux. Le professeur continuera jusqu’au bout à modifier ses approches avec sa progression pédagogique et l’évolution de sa pratique.

Reportez-vous au programme 1er Dan et vous verrez également que vos élèves, selon leur âge ou leurs préférences connaitront peut-être plus de randori (notamment les jeunes compétiteurs) ou plus de Keiraku ! ce n’est pas un problème.

       Le problème serait de découper le Nanbudo en Budo Ho, Kido Ho et Noryoku Kaihatsu Ho, alors que l’essence du Nanbudo de par la volonté de Nanbu Doshu est que les trois soient réunis, interpénétrés.

       Au-delà des techniques un travail important doit être fait sur les critères d’appréciation. Il est possible, en effet, de connaitre beaucoup de techniques, et même leur nom japonais, et de mal les faire ! De plus, des défauts importants risquent de se reporter sur tout et être de plus en plus difficiles à corriger.

       Pour cela il faut que l’on se pose ses critères d’exigence qui ne se limitent pas à une accumulation quantitative de techniques mais à une progression qualitative de ses positions, de l’utilisation des hanches, de la coordination des mouvements, du Hikite, de l’attitude générale etc…

       Cela ne plaide pas pour un retour à une pédagogie analytique mais au contraire pour retrouver les 3 à 5 éléments principes que l’on va retrouver dans tous les Kihon/Randori/Kata.

       Après, à chaque professeur de formaliser ou non le passage de grade, en tenant compte d’une part de la société dans laquelle nous vivons, et d’autre part de l’aisance que l’on a dans cette situation : cela veut dire prendre en compte ce que peut être la perception d’injustice, notamment des enfants et de leurs parents s’il n’y a pas de passage formel.

       Cela veut dire, également, de tenir compte du stress dans un passage formel tout en sachant que la gestion du stress est tout aussi important dans l’art martial comme dans la société.

       Et il peut y avoir des combinaisons du formel et de l’informel, le plus important étant peut-être une relative constance dans ce qui donne lieu à l’obtention des grades pour que ne soit pas, ou que cela ne semble pas être à la tête du client ! Et revenir toujours et encore à l’exlication de ce qu’est un grade : personnel, pas comme à l’école ou au boulot etc…

       Vastes sujets, ouverts et jamais fermés, à partager, à discuter, à ruminer, sur le long chemin de la vie, sur le long chemin des vivants, sur le long chemin des passionnés, au service de chacune et de chacun dans sa construction et dans sa réalisation personnelle.

       Nanbu Doshu a écrit : « Ma philosophie( Nanatsu no Chikara) se limitera donc à la notion de bonheur que l’on est convaincu d’avoir acquis, car au-delà de ce mot qui est déjà très vaste dans sa définition, je n’ai plus rien à dire, c’est à chacun de le découvrir… Avec Force, Courage et Conviction »

       Travaillez plus que jamais le mental, je vous embrasse.

 

Carel Stéphane Daï Shihan

  

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