Les petites pierres de Daï Shihan XXXII Variations et disgressions sur Tsuki !

Publié le 03/02/21
AFDP Nanbudo
Les petites pierres de Daï Shihan XXXII Variations et disgressions sur Tsuki !

Cette fois ci c’est bon ! Je ne parle plus que Nanbudo, encore que j’en parlai non ?

Je vais aborder Tsuki, le coup de poing (pas la lune !), une des premières techniques que l’on apprend.

Tsuki Waza

Pour beaucoup, fermer le poing pour frapper, ce n’est pas naturel (d’ailleurs je ne crois pas que cela existe dans le monde animal), on se sent un peu gauche, et cette impression de ne pas avoir de puissance lorsque l’on est un petit gabarit ! Par contre lorsque l’on a un grand gabarit on croit être puissant du fait de son poids ce qui est trompeur.

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Ça s’apprend, c’est une éducation du geste.

Fermer correctement le poing et l’alignement à mettre avec l’avant-bras, c’est déjà quelque chose, si l’on veut éviter de se blesser en portant un coup.

Alors, tout dans sa concentration à faire cela bien, il faut ensuite ne pas se concentrer là-dessus ! Il y a tant de choses à apprendre : comme ne pas mettre de la force dans le bras, partir des appuis, tourner les hanches, ne pas sortir l’épaule, verrouiller le coude, le Tate Ken (incliner le poing verticalement au-dessus du nez), au niveau Jodan ou le Snap (vriller comme si l’on vissait) au niveau Chudan, avec le Hikité, etc… etc. et coordonner tout ça…et bien d’autres détails encore…

En même temps se rajoutent les notions de Kime, de respiration, de Ki…

L’action du poing devient l’action de tout le corps, et encore plus loin, de tout son être.

Et tout cela sur place, en avançant, en reculant, dans des positions (Tachi) différentes, arrive alors le travail avec partenaire et la notion de Ma-ai et de contrôle.

Coordination de tout le corps dans l’espace : vaste programme.

Attaque ou défense ?

Peut-être peut-on se demander s’il n’y a pas une contradiction, alors que le Nanbudo est un art de défense, de commencer l’apprentissage par une technique d’attaque.

Tout d’abord, pour débuter, apprendre à se donner à fond, associer gestuelle physique, énergie, cri, se canaliser, se contrôler, découvrir sa violence et la maitriser, maitriser son égo d’attaquant, c’est certainement plus facile pédagogiquement de commencer par là.

 Il sera bien temps de donner du sens à cela plutôt que de s’y noyer philosophiquement prématurément.

C’est un enseignement à l’orientale, aller de la pratique à la théorie, faire et ressentir pour comprendre et non pas l’inverse.

Si Gichin Funakoshi Sensei disait : « il n’y a pas d’action offensive en Karaté-do » et qu’une autre maxime dit « la meilleure défense c’est l’attaque » la contradiction n’est qu’apparente.

Le Kata commence toujours par une action défensive, mais… la technique utilisée est rigoureusement ou avec adaptation la même pour une action offensive.

En effet, rappelons-nous, Sen no Sen ! On attaque dans l’attaque de l’autre que l’on a pressentie, en fait on n’est bien dans une réaction de défense mais vu de l’extérieur on ne peut pas le savoir. Donc, si l’on ne sait pas attaquer, Sen no Sen est impossible.

Et plus simplement, si on travail la défense sur quelqu’un qui ne sait pas attaquer, en fait, on se leurre sur sa défense.

Donc, savoir apprendre à attaquer en premier (Sen) est aussi important que de savoir esquiver et contrattaquer (Go no Sen) comme d’attaquer dans l’attaque de l’autre (Sen no Sen)

Tsuki Waza et on passe à autre chose ?

Alors ça y est, on sait associer Oi Tsuki à sa technique, on fait claquer le kimono, on pense que l’on connait Tsuki Waza et que l’on peut passer à autre chose ?

Le début de l’apprentissage se fait un peu comme ça, on accumule les techniques, les mots pour les décrire et on passe à d’autres !

Et pourtant : frapper du poing en faisant claquer le kimono (en ayant des manches un peu plus courtes ça claque plus) est-ce efficace pour autre chose que le paraitre et l’égo ?

Et pourtant, au-delà des problèmes de cible et de distance, comment peut-on être efficace dans sa frappe lorsque l’on a un physique déclinant avec l’âge ? Comment aller vers « un maximum d’efficacité avec un minimum d’énergie »

Une technique, quoiqu’elle soit, fusse-t ’elle la première apprise, évolue sans cesse, si tant est qu’on la travaille : elle enrichit (par exemple tout ce que l’on a appris avec Tsuki Waza va servir pour apprendre les autres techniques) et s’enrichie des autres techniques.

Ce qui veut également dire qu’il est impossible d’apprendre parfaitement une technique avant d’en apprendre une autre mais que l’on va la perfectionner en faisant varier les situations et en apprenant les autres techniques : ce n’est pas du zapping si l’on garde à l’esprit ce que l’on veut faire et si on augmente constamment les exigences. Plus facile à dire qu’à faire lorsque l’on voit tout le programme du Nanbudo, mais encore une fois, on apprend en faisant, on apprend en enseignant.

Une technique, quoiqu’elle soit, fusse-t ‘elle la première apprise est Kata : forme travaillée continuellement pour un perfectionnement sans fin, sensations, émotions et comme l’a écrit Nanbu Doshu Soke : « Du coup la technique : c’est l’Homme. Il n’y a pas de séparation entre l’Homme et la technique, l’être et le faire »

Tsuki 突き

Mais Tsuki ne veut pas dire coup de poing ????!!!! Cela tourne plutôt autour de brusquement, soudainement, attaquer. Il y a également l’idée de pousser, pénétrer, piquer, enfoncer.

Rappelons-nous qu’à l’origine il n’y avait pas de noms donnés aux techniques à Okinawa, et les traductions des kanji sont trompeuses.

Rappelons-nous également qu’au Thi, plus tard Karaté, l’utilisation de toutes les parties de la main a été poussée au maximum et qu’en fait le Karaté se pratiquait plus la main ouverte que le poing fermé, et en France, en Savate également !

La compétition de combat en Karaté s’est focalisée sur poings fermés, comme en Ju Randori en Nanbudo, mais heureusement, il y a les Kata, patrimoine fantastique, où toutes les parties de la main sont utilisées.

Avec des adaptations de distance, en fonction des cibles choisies sur le corps, tout ce que l’on apprend avec poings fermés peut donc se travailler avec une partie de la main, en percussion bien sûr mais également en poussée.

Et oui, la pratique continue, le chemin n’a pas de fin, QUEL BONHEUR !

Portez-vous bien, entretenez la flamme et à bientôt ? plus tard ? sur les tatamis bien sûr pour un feu de joie !

Je vous embrasse.

Carel Stéphane Daï Shihan

 

 

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