Les petites pierres de Daï Shihan XXXIX : Rei

Publié le 27/09/21
AFDP Nanbudo
Les petites pierres de Daï Shihan XXXIX : Rei

J'avais abordé le Dojo Kun dans une de mes anciennes chroniques.

J'y écrivais alors : « Le Dojo qui, au départ, est matérialisé par un lieu d'entrainement, où il y a des tatamis et des professeurs, est plus que cela. C'est un lieu de vie, c'est un lieu où l'on cherche la voie, c'est un lieu où souffle le Shin, c'est un lieu où, cheminant sur cette voie, on se construit et on se réalise. Le dojo, petit à petit, d'un lieu clos, même sacré, devient le support de sa progression dans le monde. Le monde, la nature est un dojo »

J'y reviens par une autre porte d'entrée avec la notion de Rei.

Il a été souvent dit, avec des déclinaisons différentes selon les écoles : « Tout commence dans le Rei et s'achève dans le Rei ».

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C'est le premier des 20 principes du karaté Shotokan de Gichin Funakoshi Sensei : « Ne jamais oublier que le Karaté débute et s'achève dans le respect ».

C'est le premier point évoqué dans le Dojokun par Nanbu Doshu : « J'adopte une attitude de respect et de politesse vis-à-vis de mon partenaire »

Rei lorsque nous rentrons sur le tatami, Rei dans le cérémonial de début et de fin de cours, Rei lorsque nous invitons un partenaire dans un exercice et Rei lorsque nous avons fini l'exercice, Rei au début et à la fin d'un kata, Rei en compétition, Rei est omniprésent dans notre pratique.

Les gestes répétitifs, si nous n'y donnons pas du sens, deviennent un tic, souvent bâclé, telle la poignée de main sans profondeur, les yeux ailleurs avec le « ça va ! ça va !».

Rei s'écrit en Kanji 礼, il est issu d'un Kanji plus complexe : 禮

 est une simplification de la graphie primitive   : les deux traits en haut représentent le ciel, en dessous le soleil, la lune, les étoiles ; il est question de nature, de mouvement des planètes.

  est une simplification de  il est question ici de vase à offrande, de remerciements pour des récoltes en abondance.

Le kanji complet, selon la situation, peut se décliner en respect, honneur, courtoisie,  politesse, salutation, étiquette.

L'étiquette, Rei Shiki,  régit le dojo, le comportement qu'un Budoka doit avoir (Reigi-Saho) et les règles protocolaires, comme le salut en début et fin de cours. Bien sûr elle vise à sécuriser une pratique qui peut être dangereuse, mais pas que, loin de là.

Il y a des différences gestuelles selon les écoles mais toutes, pour celles qui se réclament du Budo, y donnent le mêmes sens.

Ritsu Rei, le salut debout, lorsque nous rentrons sur le Tatami :  nous rentrons dans un autre univers, nous laissons derrière nous nos préoccupations pour nous donner tout entier à l'instant présent.

Le salut est effectué sans précipitation, avec du temps à ressentir.

Il est destiné au Dojo, au lieu où le Budoka se construit, le lieu où depuis le commencement des temps un art s'est affiné au fil des générations.

Pour nous c'est ce lieu où Yoshinao Nanbu Doshu Soke est présent au travers de ceux qui l'ont connu, au travers de ce Budo singulier.

Le salut s'adresse à ses professeurs, aux autres présents, à soi-même faisant partie de ce tout.

Ritsu Rei en sortant du tatami, nous rechangeons d'univers, nous avons conscience du contexte spécial dans lequel nous avons travaillé notamment des techniques dangereuses, pour savoir ne pas les appliquer.

Sans préciser tout le protocole, Za-Rei, le salut à genoux s'effectue en début et en fin de cours, après Nanbudo Mitsu no Chikara (les Trois principes) ou Nanbudo Nanatsu no Chikara (les sept forces).

Il comprend trois étapes :  à l'appel « Nanbu Doshu Soke ni Rei », tout le monde salut Shinza, le lieu du coeur et de l'esprit, le lieu où se trouve le portait de Nanbu Doshu, le lieu qui symboliquement rayonne sur le professeur qui transmet .

Ensuite, tout le monde salut également le professeur, à l'appel de son nom et de son titre, comme par exemple pour un Shihan : « Untel Shihan ni Rei »

Pour terminer, le salut s'adresse aux autres élèves à l'énoncé « Otagani Rei ». Pendant ce salut, chacun est déjà dans le cours, dans celui de Nanbudo.

L'instant présent est ressenti, individuellement et collectivement : harmonie des sons et des gestes, passage du bruit au silence pour la méditation active, centrage, préparation.

Ritsu rei avant et après le travail avec un partenaire : invitation respectueuse et mutuelle à donner à l'autre et à recevoir de l'autre, à échanger, à protèger l'autre.

Ritsu Rei avant et après le Kata : salut au lieu de l'exercice du kata (dojo, aire de compétition, nature…), au créateur ou à la lignée des créateurs du Kata, à soi, à ce moment présent.

En compétition, Ritsu rei, salut au corps arbitral, salut à l'adversaire en Ju Randori.

Et puis, au Nanbudo, il y a la rencontre entre l'Asie et les autres continents : Salut au Sensei, qui remet un diplôme ou un grade et réelle poignée de main . Qui ne se souvient pas lors d'une remise de passeport, de diplôme, de grade, du salut à Nanbu Doshu et de cette poignée de main qui pouvait être longue, de ce sourire du Doshu et de ses yeux , bons et pénétrants, de ce moment I Shin Den Shin, de ton coeur à mon coeur, de ton esprit à mon esprit ?

Je ferai peut être une prochaine chronique expliquant tout le rituel, mais l'important, encore une fois, n'est pas la gestuelle en tant que telle, mais le sens qui est donné et ressenti.

Comme tout nouveau geste appris, en un premier temps, l' attention y est donné, pour le mémoriser, pour le comprendre, pour bien le faire, et puis, l'habitude s'introduit, et ce geste devient un point de passage obligé, effectué mécaniquement, de manière souvent précipitée.

L'enjeu est d'être présent, en conscience, exprimant son attitude, son cheminemant dans le Budo.

C'est une démarche continuelle d'auto perfectionnement, de polissage de la personnalité et du caractère. Il n'y a pas que la technique à parfaire !

Cela n'a rien à voir avec une tradition militaire avec sa hiérarchie. le Rei est pour le débutant comme pour le plus haut gradé, il s'effectue avec l'esprit et le coeur, le respect est mutuel.

Le salut est sincère, humble, sans servilité, sans soumission, sans hypocrisie, non pas pour « le paraitre » mais pour « être ».

Si Rei nous relie dans le temps et dans l'espace à toutes et tous ceux qui ont cheminé ou qui cheminent sur la voie, il n'est pas question de faire la même gestuelle qu'il y a des centaines d'années, mais de le faire dans le même esprit.

Le salut marqué par l'inclinaison du haut du corps, qui traduit ce respect, est exempt de toute faille, inataquable à ce moment par un adversaire!

On dit souvent, au Japon, que tout est Kata.

Rei devient Kata, où il doit s'exécuter chaque fois concentré comme dans un Kata.

Rei , par sa puissance, s'il il est bien effectué, dissuade l'agresseur.

Rei est alors combat pour le non combat, Rei est Budo.

Avec ce que j'écrivai au début,  Rei, comme le Budo, ne se limite pas dans le lieu matérialisé Dojo.

Etre vigilant, ne pas attirer « les ennuis », désamorcer les situations dangereuses, dissuader, autant que possible pour, comme le dit la devise de Roland Habersetzer Sensei : « Ne pas se battre, ne pas subir »

Rei, un comportement sincèrement respectueux et courtois, l'expression d'un respect sincère pour toutes et tous, une attitude calme mais sans faille, une force intérieure visible de l'extérieur mais non provocante, une posture déterminée mais non agressive, font partie de l'arsenal dissuasif.

Et puis Rei aux femmes et aux hommes, Rei à la nature, Rei au beau, Rei à ce qui nous émeut, Rei sans geste, Rei par la pensée, Rei intérieur, Rei.

Je vous salut, Rei !

Je vous embrasse.    

 
Carel Stéphane Daï Shihan

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