Les petites pierres de Daï Shihan XXXVIII : Happo Undo

Publié le 04/09/21
AFDP Nanbudo
Les petites pierres de Daï Shihan XXXVIII : Happo Undo

En espérant que l'on puisse enfin pratiquer notre art, c'est-à-dire nous construire, nous épanouir en partageant avec d'autres, voici un article sur les déplacements, pas sûr qu'un seul suffise.

On apprend, en effet, à se déplacer, pour effectuer des attaques comme Oi Tsuki ou des défenses, en Kihon et en Kata : ce ne sont pas des déplacements naturels comme lorsque l'on marche ! Se déplacer d'une position à une autre est un moment de vulnérabilité qui demande stabilité, maintien du corps droit, un centre de gravité à hauteur constante, toujours un appui permettant de réagir rapidement en cas de « surprise » pendant son déplacement.

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Ici, déplacement en Zen Kutsu Dashi (à ne pas prendre au pied de la lettre, effectué avec les moyens du bord !)

Il existe bien d'autres déplacements à étudier mais je vais me consacrer à ceux-là pour cet article.

Evidemment, l'apprentissage en Kihon, la codification du Kata implique un déplacement souvent suivi d'une attaque où d'une défense donnant une impression un peu mécanique.

Mais comment se déplacer de manière fluide en combat, je parle en combat martial, le déplacement en compétition, c'est autre chose.

Myamoto Musashi écrit sur ce sujet dans le Gorin no Sho, traduit par Kenji Tokitsu :

 « Pour vous déplacer, vous soulevez légèrement les orteils et vous appuyez le pied à partir du talon, avec force. Selon la situation, vous déplacez les pieds d'un grand ou d'un petit pas, lentement où rapidement, mais toujours à la manière de la marche. Il faut éviter 3 façons de se déplacer : en sautant, en flottant, et en piétinant fort. »

Peut-être êtes-vous étonné ?  Avec le talon en décollant les orteils ? Et oui, on ne peut pas se déplacer de la même manière sur un chemin que sur une surface lisse de tatamis, on ne se déplace pas de la même manière sur tatamis que dans le sable (ceux qui font les stages de Playa de Aro voient ce que je veux dire), on ne se déplace pas de la même manière pieds nus ou avec des chaussures et de plus avec les chausses de la période de Musashi !

De plus, le Karaté ne se pratiquant originellement souvent à l'extérieur, relever fortement les orteils permettait d'envoyer de la poussière dans les yeux de l'adversaire.

Mais nous ne devrions pas être trop désorientés vue l'insistance que le Doshu a mise sur le Kakato dans les kata ou les Sotai Randori no Kata.

Alors attention, si l'on pratique un Art martial, il faut être capable de s'adapter au terrain.

Mais en combat, comment se déplacer en gardant une distance de sécurité, jauger l'adversaire, préparer une attaque, se préparer à défendre ?

Doshu nous a appris Happo Undo. Malheureusement je vois souvent (en compétition surtout) des déplacements sans liaisons entre eux, sans liaison avec l'attaque qui suit, sans stratégie, très lisible par l'adversaire n'apportant pas grand-chose au combat. Certains n'y voyant pas d'intérêt, s'en défont pour un autre type de déplacement, mais sans rapport avec ce que l'on a appris en Kihon ou en Kata.

Or, il y a une progression pédagogique dans le déplacement seul, à deux, dans des exercices codifiés jusqu'aux exercices non codifiés.

On apprend d'abord à se déplacer dans 4 directions, avec des possibilités de changement ou non de la garde.

                                     

Les Shiho Tai introduisent les 4 directions en rapport avec les points cardinaux.

                      

                                 

 Happo Undo introduit les huit directions :

                              

C'est la rose des vents

 

                             

8 comme le nombre symbolique des Huit pétales de rose en Occident, des 8 pétales du Lotus en Orient.

Tout d'abord, je dois revenir sur la distance de sécurité, c'est-à-dire la distance où l'adversaire ne peut pas attaquer directement sans au préalable soit avoir glissé le pied avant (Suri Ashi) pour gagner de la distance, soit avoir fait un pas en avant.

Doshu disait un tiers, un tiers, un tiers : les bras des deux adversaires en position Kamaete comptent pour un tiers chacun et la distance entre les deux mains des adversaires pour un tiers également.

               1/3       1/3        1/3

                             

Mais c'était évidemment un repère pédagogique, après dans Maai, il faut prendre conscience de l'espace-temps et pas seulement de l'espace. Si votre adversaire est beaucoup plus rapide il faut agrandir l'espace de sécurité.

A partir de là, nous commençons à travailler Maai Renshu (entrainement à la distance), en avançant, en reculant, en allant à droite ou à gauche en gardant cette distance de sécurité.

De déplacements simples et plutôt intuitifs, en miroir, on passe à des déplacements plus « désarçonnant » pour l'adversaire : Uke ne va pas là où Tori l'amène !

Quand Tori (en rouge) avance, en miroir Uke (en bleu) recule, mais il a d'autres possibilités, c'est de reculer Ushiro Idari ou Ushiro Migi.

                   

Quand Tori va à droite, Migi, Uke va avoir tendance à aller à gauche en avançant et en changeant de garde, Mae Hidari, mais il peut aller aussi en Migi sans changer de garde.

                              

De la même manière, Tori peut avancer droit sur son adversaire mais il peut aussi avancer sur les côtés.

                              

Nous voyons donc que les solutions se multiplient à volonté, Tori possède beaucoup de possibilités, sur plusieurs déplacements liés de manière fluide pour mettre en difficulté Uke d'être au meilleur endroit pour placer son esquive et sa contre-attaque. Pour Uke, il n'est pas défini qu'il doit subir les attaques de Tori, il peut aussi, avec des déplacements maitrisés mais fluide empêcher Tori d'être dans la meilleure posture pour lancer son attaque.

Et puis, lorsqu'il n'y a plus de rôle prédéfini, le travail de déplacement devient un combat psychologique et tactique où la rencontre attaque/esquive défense n'est que le résultat.

Les déplacements ne doivent pas être répétitifs, toujours au même rythme, toujours dans les mêmes directions ou attendus par l'adversaire (cela est d'ailleurs valable en compétition également).

Hyoshi, la cadence, permet d'être en harmonie à certains moments et de créer la dysharmonie à d'autres moments.

En canne de combat, en France, il y a « la rose couverte des vents », mélange de déplacements et de mouvements de canne qui permet de créer une protection impénétrable. Cela ne se transmet pas, cela se trouve par le travail.

Ne négligez pas les déplacements pour ne vous concentrer que sur les attaques et les défenses.

Travaillez, jouez avec la distance, le rythme, votre rapport à l'autre. Il s'agira ensuite de travailler à la fluidité du déplacement/attaque pour ne pas lancer d'attaques inutiles ainsi que de travailler à la fluidité du déplacement/défense afin de ne jamais être pris de court.

Saisir ou créer les opportunités !

Et il faudra également ne pas se limiter au déplacement en Zen Kutsu !

L'enjeu est de taille pour un art martial.

Bon, je crois qu'il va y avoir plusieurs épisodes !

Vivement le plaisir de vous revoir sur les tatamis, prenez soin de vous, je vous embrasse.

Carel Stéphane Daï Shihan

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