Le cœur où réside l’âme : l'HONBU DOJO du NANBUDO

Au milieu de la ville rose, sur le tracé d’une paisible Garonne dont les ondulations renvoient du Soleil mille reflets ; un samedi 16 février à Toulouse, dans une petite rue pavée… Quelque part, entre les quais de la Dorade et la place de l’imposant Capitole, où les briques sont rouges et emplies des notes du conservatoire du musique tout proche…

Dans un humble et coquet petit édifice a fleuri le Honbu Dojo, Nanbudo Kaikan.
Caresse du vent et printanière douceur s’y prêtaient si bien … !
Et dans Toulouse, ce même Samedi quelques heures plus tôt, se réunissaient 80 hommes et femmes, Nanbudokas venus de différents clubs français, de Suisse, d’Espagne, du Cameroun, du Maroc, de Norvège, de Croatie…. Et parmi ceux-là qui portaient cousu à la poitrine de leur kimono l’écusson du Nanbudo, on trouvait aussi un japonais. Le fier Katsu Karakawa venu tout spécialement du pays du soleil levant pour le trouver au zénith, ici à Toulouse.

Si le stage en lui-même, mené par Daï Shihan Stéphane Carel était relativement simple en termes de contenu technique, il était néanmoins intéressant par son approche subtile d’exercices pourtant basiques de notre pratique martiale.

Il s’agissait de se saisir du Zanshin ; état de veille, où « l’esprit demeure » vigilant, sur l’action présente, et l’environnement dans lequel elle, on, évolue.
Fixé sur rien, et capable de réagir à tout.
Le débutant se focalise. Nous sommes tous passés par là, lors de l’exécution d’un kata. On nous a dit : « regarde devant toi, pas tes pieds ». Par la pratique et l’exercice, on apprend à ne plus éprouver le besoin de regarder ses pieds, ses mains, sa position. On devient capable de la ressentir. On regarde droit devant, et on vit le kata qu’on exécute.
Dans les Randori No kata, le procédé est le même. D’abord, on guette l’armer de poing de l’adversaire. Puis, on apprend à identifier l’amorce du coup, dans son bassin, ses épaules.. Enfin, on le regarde droit dans les yeux et on lit l’assaut lors de sa conception. Le Zanshin, c’est un élargissement de notre vigilance. Il peut s’étendre même à plusieurs adversaires, identifiés comme tel, ou pas. Une veille de l’esprit constante et globale. De l’ensemble. Et pour parvenir à cela, il faut déconstruire certaines bases de travail qui aboutissent à de mauvaises habitudes comme par exemple : ne travailler qu’avec un seul tori, selon un ordre établi d’attaques, ou encore en statique. Voilà ce qui nous a occupé, autant sur du Randori No Kata, que du Shotaï Randori No Kata.
Des exercices de Kidoho ont été travaillés également, mais je ne m’étendrai pas là-dessus cette fois.

La singularité de ce stage international reposait ailleurs… A quelques arrêts de métro des locaux universitaires du Mirail où nous nous entraînions au matin, nos yeux retrouvent le Pont-Neuf et ses arches asymétriques, enjambant la Garonne, miroir d’azur, toujours décorée de perles de lumière.

Tout près de là, les mêmes qui portaient plus tôt un kimono se tiennent devant une grille qui se lève pour découvrir l’entrée vitrée du tant attendu Dojo. L’excitation est palpable… Enfin.. ! Sourire aux lèvres, comme des enfants au matin de Noël, nous avançons. Et pénétrons l’enceinte du Nanbudo Kaïkan, invités par Sonia Valette Nanbu depuis l’intérieur.
Elle arborait un sourire radieux, de ravissement, mêlé encore d’une certaine anxiété propre à une première fois… Car oui, c’était la première fois que le Nanbudo Kaikan ouvrait ses portes aux pratiquants, au public..
On était à Toulouse ce Samedi 16 Janvier 2019, pour l’inauguration du Dojo de Yoshinao Nanbu. L’inauguration de ce qui devient alors, le Sanctuaire du Nanbudo mondial.

Déchaussés, nous entrâmes. Avançant respectueusement, à pas mesurés, chacun une étincelle de curiosité dans les yeux, animant notre regard.
Yume Nanbu nous accueillait avec un sourire dont elle seule a le secret ; et tendait à ceux qui avaient pour ainsi dire apporté leur brique à l’édifice un sac de papier où leur nom était inscrit, en guise de remerciement. A l’intérieur, quelques petits cadeaux en lien avec le Honbu Dojo, tout à fait charmants d’ailleurs !

Sur la gauche de l’entrée se trouve un noren. Ce rideau japonais suspendu, fendu en son centre, était d’un bleu kimono, et décoré de blanc, à l’effigie du Dojo Kaikan. Une fois cette porte de tissu écartée, on s’engage dans un couloir qui longe les murs extérieurs de la bâtisse. D’autres noren, décorent l’encadrement qui mène vers les vestiaires, les sanitaires. Un dernier, tout pareil au premier, nous amène face à l’entrée du Dojo. Deux marches constituent la dernière étape d’accès aux tatamis, plancher de la pratique martiale. On découvre alors solennellement le cœur même du dojo, où réside l’âme du lieu : une âme puissante qui nous unit et nous pénètre..

Puisque c’est l’âme du Nanbudo, qui a élu domicile ici, au Kaikan.
Ici, où la grande famille du Nanbudo se réunit pour fêter l’inauguration de sa maison, de son foyer, à un an d’intervalle avec la célébration des 40 ans du Nanbudo, à Paris en Mai dernier.

Les murs latéraux du Dojo, qui se font face et embrassent la soixantaine de mètres carrés sont remarquables : l’un est constitué de briques, typiquement français, toulousain. L’autre est de bois, dans un style très traditionnel japonais. Cette dualité, comme un symbole, se trouve au contact du shomen, et de son tokonoma. En son centre, une calligraphie suspendue, kakejiku porte les kanjis pour NANBUDO. On retrouve aussi 3 poutres, dont l’agencement n’est pas sans évoquer un torii de bois, structure que l’on retrouve à l’entrée des sanctuaires shintô japonais…

Une profonde harmonie se dégage de l’Ikebana, pièce d’art floral, qui présentait des giroflées en fleur, dont le mauve était élégamment associé aux branches d’un cognassier du Japon encore bourgeonnant ; comme pour rappeler la douceur qu’accordait alors l’hiver, faisant en son cœur, et dans le nôtre, une place au Printemps.

Mais comment inaugurer ce sanctuaire, sans celui en l’honneur de qui il est érigé ? Celui dont l’Art nous a uni. L’homme, toujours si souriant, qui porte avec lui la légende d’un prodige des arts martiaux venu en France et qui aura participé à y implanter le karaté. Celui qui créera le Sankukai, puis le Nanbudo. Yoshinao Nanbu, toujours d’une grande bienveillance, nous rejoignait.
Il venait souriant, cette étincelle qu’on lui connaît si bien au fond des yeux, rieurs. Les disciples que nous sommes le saluèrent.

S’en suivirent plusieurs interventions. Daï Shihan Stéphane Carel prit la parole. Et Guy Sauvin, venu à Toulouse pour rendre hommage à Yoshinao Nanbu, pour qui il a dit en vieil ami éprouver « le plus profond respect ». Jean-Paul Renucci, président de la WNF eût lui aussi quelques mots, dans un discours dont chacun était donné à savourer par son accent chantant. Katsu Karakawa était lui porteur de messages du Maire, et du Préfet de Kobé, qui se sont joints à la célébration en souhaitant tous leurs vœux de bonheur et de bonne santé au Doshu. De réussite et de pérennité au Nanbudo. Nous trinquâmes, au Dojo Kaikan, au Nanbudo.

L’émotion de ce moment…. Si forte, est difficilement descriptible.

Sonia Nanbu s’en est fait la meilleure ambassadrice. Car c’est elle, plus que tout autre, qui par la sincérité et la puissance de ses mots a ému. Elle qui, avec le Doshu, menait ce projet depuis de longues années, et le voyait finalement abouti, ce jour.

Un sentiment d’accompli, mêlé d’admiration pour la personne si exceptionnelle du Doshu, pour les artisans du Nanbudo... Pour la communauté que nous formons, l’art que nous pratiquons, le Budo, qui n’est pas sans rappeler celui éprouvé lors de la cérémonie des 40 ans du Nanbudo…

Tout ce que nous sommes, Nanbudokas, d’où nous venons, où nous allons, réuni ici, entre ces murs.

Pour finir, une école d’arts martiaux vietnamiens a réalisé pour l’occasion la Danse de la Licorne, danse rituelle et de bon augure, mettant en scène deux licornes qui tiennent plus d’un hybride entre lion, et dragon impétueux aux couleurs éclatantes ; et une figure opulente et rieuse, un sage, qui finit par les dompter en brassant l’air de son éventail, le tout au rythme des tambours.

On retrouve habituellement cette cérémonie à l’occasion du nouvel an Vietnamien (Têt), mais aussi lors d’évènements majeurs.

Comme ici, à l’inauguration du Dojo Kaikan, qui a vu la licorne, animal mythique, lui apporter bonheur, fortune et prospérité.


Les bourgeons fleuriront ; la fleur sera baignée de soleil.

Des stages se tiendront au Nanbu Dojo Kaikan.

 

Boris Salvai, 2ème Dan de Yoshinao Nanbu, Doshu Soke.

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