Les petites pierres de Daï Shihan XII Budo ho, jutsu et do

Il me semble qu’il y a des confusions sur les notions jutsu et do, souvent issues d’une vision simpliste de l’évolution historique des jutsu en do.

En effet, la filiation historique part des bugei, modes de combat pratiqués dans le haut moyen âge japonais pour passer au bu jutsu, techniques de combat dans l’ancien japon pour arriver au budo, voie du combat, et même voie du combat pour l’arrêt du combat, avec une forte étique et une recherche de réalisation de soi.
Mais attention, l’histoire n’est jamais linéaire et mécanique, les préoccupations éthiques démarrent très tôt dans l’histoire et on pourrait dire également qu’il y a des écoles beaucoup plus modernes qui n’ont aucune éthique. Ce n’est pas l’utilisation d’un mot plutôt que d’un autre qui règle quoique ce soit.

En simplifiant, on peut dire que nous passons avec jutsu, de l’efficacité technique et mental en combat dans des conditions de survie permanente, au budo avec des programmes éducatifs et des recherches plus personnelles.

Et là encore, ce n’est pas à prendre à la lettre : des écoles de ju jitsu ou de ken jutsu ont autant d’éthique que des écoles de judo ou de kendo.

Reste alors au budo de garder l’efficacité du jutsu !

Le risque d’une sorte d’intellectualisme, d’un certain esthétisme, est d’affadir le budo en le cantonnant dans une gestuelle gymnique quelques fois associée à la recherche du ki au seul service de la méditation ou du bien-être. Cela peut être très bien, il n’y a de ma part aucun jugement de valeur, mais ce n’est plus du budo.

La compétition peut donner également certaines illusions si elle est séparée du budo, ce qui n’est pas le cas en Nanbudo.

A l’opposé existe, également, l’efficacité pour l’efficacité (pas celle qui fait les beaux jours du commerce et fait croire à une efficacité qui peut provoquer de lourdes désillusions), sans aucune éthique (éventuellement en prenant en compte la législation de la légitime défense), sans aucun autre espoir que de rechercher la confrontation pour gagner. Rajouter de la violence à la violence ?

Si « l’efficacité, des efficacités » seront l’objet de bien des pierres à disposer pour cheminer, le budo reste, dans des conditions actuelles variées, un moyen de répondre à une attaque extérieure, violente, soudaine.

Et beaucoup du budo est compris dans « répondre » !

Je suis absolument d’accord avec Roland Habersetzer lorsqu’il écrit dans son livre « Fondamentalement MARTIAL » : « Entre ce qui peut être un repliement intérieur (temps de méditation), finalement assez confortable, et la nécessité d’un jaillissement de volonté de survie, dans le stress absolu, il y a un monde »

Quant à nous, avec le Nanbudo, nous nous situons du côté du budo.

Nanbu Doshu Soke a souvent expliqué ses recherches pour unifier, dans un même budo, budo ho et ki do ho avec no ryoku kaihatsu ho.

Il y a donc bien budo ho : techniques de combat. Dans les différents éléments constitutifs de budo Ho il y a également goshin jutsu : techniques pour se protéger soi-même, traduit souvent par cet anglicisme, self défense que nous aborderont également plus tard.

Bien sûr, difficile de tout faire, et on oscille au gré des périodes entre la préparation des grades, la préparation des compétitions, et des périodes plutôt budo ho et des périodes plutôt kido ho !

Une autre difficulté, au-delà de sa pratique personnelle, est d’enseigner comment tout cela s’interpénètre, comment le développement de l’un contribue au développement de l’autre.

En le décrivant différemment tout au long de ses recherches, Nanbu Doshu Soke a toujours parlé d’art martial, avec le travail du budo ho.

N’oublions pas que dans son livre « ART MARTIAL DE L’AN 2000 », il écrit dans la page intérieure : « UNE VOIE, UN SPORT, UN ART DE VIVRE, UNE METHODE D’AUTODEFENSE »

Nanbu Doshu Soke a créé un budo, avec un haut niveau d’exigence. Au-delà de sa personne remarquable qui a marqué le karaté français et international, nous pouvons percevoir la qualité de sa création et de son enseignement par les retours que nous avons, par exemple de karatéka ou divers budoka, lors des passages de grades à la FFK.

Comme me l’a dit Checho récemment, nous devons rester dans la division 1 des budo et garder notre rang.

Nous pouvons, bien évidemment, décliner le nanbudo, côté gymnique, énergétique, non élitiste, mais nous ne devons pas baisser les exigences en terme de budo ho!

Ki do ho, no ryoku kaihatsu ho doivent permettre d’être encore mieux en budo ho et non pas l’oublier où y être dans l’a-peu près.

Et oui, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers, il faut continuer à travailler, et comme dirait Dominique Valéra, jusqu’au bout !        

Carel Stéphane Daï Shihan

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